De l’importance des guitares !

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            La musique appelée « Blues touareg » est de plus en plus connue dans le monde entier. Elle est très enracinée dans la culture du peuple Touareg (dans leur langue : Tamacheq). Elle se joue à la guitare, à la basse, aux percussions diverses (batterie, djembé, tambourins…), et est devenue un emblème culturel de ce peuple du Sahel.

Ces guitares qui résonnent sur ces rythmes lancinants n’existaient pourtant pas dans la musique traditionnelle tamacheq. Il y a bien des instruments à corde comme le tehardenou la vielle imzad, mais pas de guitare, et pas de basse.

Alors d’où viennent ces guitares ? Leur histoire est belle. Dans les années 1970, le Mali est en crise politique. La France libère les pays du Sahel qu’elle avait colonisés, et des frontières sont tracées à travers le désert sans consultation des habitants. Ces frontières divisent le territoire parcouru par les Tamacheq et empêchent leurs déplacements nomades qui constituent leur mode de vie. Les Tamacheq s’insurgent et réclament leur auto-détermination ainsi que le droit à se déplacer librement. Leurs villages sont massacrés, et au même moment une sécheresse grave sévit sur le Sahel. La situation est intenable, et de nombreux Tamacheq s’exilent dans les pays voisins : en Algérie et en Libye.

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L’exil est dur dans les camps de réfugiés. Les conditions de vie sont précaires, le pays natal est loin, la famille et les amis manquent, les nouvelles sont rares. C’est là, dans les années 1980, que se rencontrent Ibrahim Ag Alhabib, Alhassane Ag Touhami et Abdallah Ag Alhousseyni. En écoutant les musiciens qui se retrouvaient pour jouer dans les camps, les trois amis ont l’idée de jouer la musique tamacheq à la guitare, acoustique d’abord, puis électrique. Le groupe Tinariwen est né.

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Tinariwen, musiciens engagés pour le peuple Tamacheq. Leur but : faire la révolution pour leur liberté et leur reconnaissance ! Mais pas avec des armes, pas avec des batailles, non. Avec des guitares, par l’art, par la musique. Tinariwen, avec plus de trente ans d’existence et une dizaine d’albums à son actif, est l’exemple du pouvoir de l’art et de la culture. Grâce à la musique, ils font fièrement vivre et connaître la civilisation tamacheq, ils expriment la souffrance et la colère des peuples du désert oubliés et ignorés depuis longtemps. Tinariwen est le commencement d’une révolution culturelle, et dans son sillage suivent des groupes pareillement engagés tels le groupe de femmes Tartit, le chanteur aux influences rock Bombino, Terakaft, etc.

 

Et le très récent groupe Tisdass s’ajoute, lui aussi, au rang révolutionnaire sahélien.

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Depuis, le « Blues du désert » se fait connaître à travers le monde : en Europe, mais aussi en Amérique du Nord où les groupes vont parfois enregistrer leurs albums. Il est la preuve vivante que l’art permet de transmettre des messages forts en touchant beaucoup de monde. Les groupes de musique tamacheq savent s’adapter et vivre avec leur temps, comme en témoignent leur foisonnement musical et les textes de leurs chansons toujours plus actuels, les plus récents évoquant l’épidémie de SIDA, les causes féministes, ainsi que l’importance de l’union et de la solidarité entre Tamacheq mais aussi entre peuples du Sahel pour la reconnaissance de leur existence et de leurs droits.

Il est vrai que les troubles sociaux et politiques engendrent des conditions de vie difficiles voire impossibles. Dans le cas du Sahel, les catastrophes naturelles telles que la sécheresse viennent empirer les choses. Famines, maladies et absence d’accès à la santé, absence d’accès à l’instruction, terrorisme et trafics, exactions politiques, pollution environnementale sont les fardeaux les plus lourds pour les peuples sahéliens. Cependant, le génie de Tinariwen et de leurs successeurs est d’axer leurs luttes sur la civilisation et la culture par la promotion de la musique et de la langue tamacheq, car ils ont compris très tôt que perdre sa culture, c’est perdre son humanité.

Grâce à la musique, grâce la culture, le peuple Tamacheq est toujours bien vivant et dynamique, et la voix des peuples sahéliens se fait entendre à travers le monde pour que plus personne ne soit négligé ni oublié, pour la fraternité et pour la liberté.

  • Arthur-

 

Sources :

– France Inter, Tinariwen : du Blues dans le désert, Rebecca Manzoni, Flora Bernard, Hugo Combe, 16/02/2017.

– Le Monde, Tinariwen, rebelles des dunes, Patrick Labesse, 05/02/2007.

– France Culture, Blues touaregs, Amaury Chardeau et Pascaline Bonnet, 01/09/2018.

– Rollingstone, Le blues Touareg de Tinariwen continue son long voyage, Julien Gaisne, 22/04/2014.

– François Bensignor, Musiciens du Sahara, dans : Hommes et migrations, 2004, 1252, pp.100-106.

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